Il y a 15 jours, j’ai eu la chance de rencontrer Robert Gil, un photographe de concerts que j’avais envie d’aborder depuis longtemps.

En effet, je le croisais depuis pas mal d’années dans les salles parisiennes armé de ses réflexs et de son air taciturne. Curieux, je me suis toujours demandé qui pouvait bien se cacher derrière ces verres fumés et cette longue chevelure noire.

Il se trouve que Robert Gil est un photographe passionné. Ancien musicien, photographe amateur en argentique, Il prend le virage du numérique et se met à sillonner la capitale pour photographier tout ce qui se produit sur une scène avec des guitares et des mélodies pop. Rencontre.

Comment t’es-tu mis à la photo de concert ?

Je faisais déjà de la photo depuis de nombreuses années. Au début, je faisais uniquement du noir et blanc en argentique, que je développais moi-même. Je faisais plutôt des sujets de rue. Il m’arrivait de faire quelques concerts…

Il y a combien de temps à peu près ?

Jusqu’à il y a 5 ans 1/2. Après j’ai basculé : j’ai acheté un numérique. Comme beaucoup de gens. (sourires) Etant passionné de musique avant d’être un passionné de photo, je me suis laissé tenter sur quelques concerts et puis ça a été très rapide. En Février 2005, donc, je m’achetais mon numérique, et en Mars-Avril je bossais déjà pour un magazine et faisais un voire deux concerts par semaine.

Coldplay – Bercy (Septembre 2009)Effectivement ! Donc déjà un rythme soutenu à cette époque…

On va dire que oui (sourires). Je me suis vite pris au jeu, puis j’ai été assez rapidement repéré par deux magazines… au mois de Juin de la même année, je me suis retrouvé à faire tous les festivals d’été. J’ai eu énormément de chance de pouvoir décoller aussi rapidement.

Et ton site internet, tu l’as mis en ligne à quel moment ?

Dès le début, en 2005.

D’accord. Et quand on regarde ce site, on n’a pas l’impression d’avoir à faire à un portfolio-type où un photographe exposerait ses 50 meilleurs clichés, mais plutôt à une base de référence en ligne des concerts parisiens…

Pour moi ça reste un site de photos. Je ne le fais pas véritablement pour référencer ce qui se passe à Paris. En ce qui concerne le portfolio, je vois ce que tu veux dire. Ce n’est pas ma démarche et ce serait trop difficile de faire des choix en effectuant une sélection sur 50 photos. Je n’ai pas envie de me mettre en avant sur ce site. Je ne le fais pas pour me vendre à qui que ce soit en disant « Vous voyez ce que je peux faire? »

Pour t’expliquer le concept du site : J’estime que j’ai énormément de chance de pouvoir faire autant d’images de concerts et j’ai du mal à concevoir que certains photographes -qui ont beaucoup plus d’archives que moi parce qu’ils font ça depuis des années- gardent tout ça pour eux. Je trouve ça très frustrant !

Pour moi, qui surfe depuis de nombreuses années sur le web et qui ai parcouru des centaines de sites de photographes, j’ai rarement vu une vitrine aussi complète sur la photo de concert… Tu dois être un des seuls photographes au monde à réunir autant de photos de concert sur un seul site.

Oui… je ne sais pas… (sourires)

C’est tout de même le résultat d’un effort titanesque. On dépasse le cadre du portfolio pour arriver dans une logique de base de données, un véritable effort de collectionneur, en quelque sorte.

Il y a un peu de ça aussi, oui. Il m’arrive de penser que peut être dans dix ans ça aura encore un autre apport. Après le côté historique est assez plaisant. Je pense à un groupe que j’ai revu récemment mais que j’ai photographié à leurs tout-début, Les Plasticines. Aujourd’hui on les voit en 4 par 3 dans le métro…

Ce qui m’a toujours embêté, ce sont les gens qui font de la photo depuis 10 ou 15 ans et qui ne montrent pas leurs images… ou qui en publient une fois de temps en temps dans un magazine, mais tu ne sais même pas que c’est eux… enfin c’est pas trop mon état d’esprit…

Je suis déjà reparti avec le nez en sang… ce sont les aléas…

Parmi toutes tes photos, est-ce que tu en as une que tu mettrais au-dessus des autres ?

Non, en général, je ne suis pas satisfait de ce que je fais. (rires)

Oui, ça, ça arrive à tous les photographes… mais il y a quand même des fois où tu te dis « ah, ça c’est vraiment bien », non ?

La photo de concert est assez particulière : on maîtrise peu de choses. Il y a peut être un peu de savoir-faire, mais il y a surtout beaucoup de chance. Bon après, on peut la provoquer, la chance… Je regarde relativement peu ce que font les autres photographes parce que d’une part je manque de temps et d’autre part ça ne m’intéresse pas trop… En fait j’ai pas trop envie de m’inspirer ou de savoir ce qui existe par ailleurs, mais je sais que sur un même concert avec les mêmes conditions, on aura des photos qui se ressemblent beaucoup, après ce sera l’approche qui sera différente.

Quel est le meilleur souvenir de photo de concert pour toi ?

Il y en a beaucoup. Je dirais que ce sont les fois où tu te retrouves un peu comme un gamin devant un artiste que tu apprécies plus que d’autres et que tu as la chance de travailler un peu différemment… et là tu passes une bonne soirée.

« Travailler différemment » ce sont les fois où tu peux te retrouver backstage avec l’artiste, avoir un rapport privilégié avec lui ?

Oui, enfin, je suis pas du tout à la recherche de ce genre d’intimité avec les groupes. Je n’aime pas le côté voyeuriste de la photo. D’ailleurs il y a des attitudes que j’ai du mal à concevoir de la part d’autres confrères (sourires).

Quel genre d’attitude ?

De photographier à des moments où il n’y a pas à photographier. A un moment donné, le côté voyeuriste devient un peu malsain. Donc non… J’estime qu’être sur scène en même temps que l’artiste pour le photographier, c’est déjà une belle place, même si c’est pas le meilleur endroit, on vit le concert d’une autre manière et on fait forcément des clichés « différents ». Ce sont des moments que je considère suffisamment forts.

…Donc pas de meilleur souvenir ?

Si, un des groupes que j’affectionne tout particulièrement c’est Queen Adreena. Avec la chanteuse, à force, on se connaît un peu. Bon ok je lui tape la bise, mais c’est pas pour autant que je vais prendre un rail de coke avec elle (rires) Bref c’est une personne qui a vraiment quelque chose. Elle est très expressive, elle est dans un monde qui me touche… Musicalement ça m’intéresse beaucoup, etc… en gros tous les concerts que j’ai pu faire avec eux sont des moments un peu à part (sourire).

Et le pire souvenir ? J’ai lu quelque part que tu t’étais pris un pied de micro…

Oui (sourire) et bien je vais reprendre le même exemple, car depuis il n’y en a pas eu d’autres. En effet, et c’était avec Pete Doherty, il m’a explosé exprès un objectif avec son micro. C’était pas un coup par hasard, enfin disons que c’est tombé malencontreusement sur moi car on était plusieurs. On était à l’Elysée Montmartre il ne pouvait sans doute pas voir très bien… à la rigueur quelques objectifs qui pointaient… il se trouve qu’il était juste devant moi…

Les assurances ont joué ? C’était quoi comme objectif ?

Non pas du tout. C’était un 24-70… que j’ai fait réparer par la suite. Mais bon, je suis déjà reparti avec le nez en sang… ce sont les aléas… ce ne sont pas forcément de mauvais souvenirs. Disons que ce n’est pas toujours de tout repos (sourire).

Si un jeune photographe vient te voir pour te demander des conseils sur la photo de concert ?

En général je m’efforce de répondre à tous mes mails (je reçois beaucoup de demandes de conseils de la part de photographes jeunes ou moins jeunes) et je réponds au cas par cas en fonction de ce qu’ils ont besoin de savoir, mais je dirais qu’il n’y a pas de manuel ni de méthode. Moi même je ne suis pas photographe de formation… Je n’ai pas de connaissance particulière en tant que photographe. Il m’arrive de recevoir des demandes de photographes qui sont en BTS ou même en CAP pour que je les prenne en stage… mais la plupart du temps je leur réponds : »Vous en savez beaucoup plus que moi, à la limite je n’ai pas grand-chose à vous apprendre »

Ah bon ! C’est très humble de ta part…

Oui mais c’est la réalité ! (rires)

Ce qui m’impressionne c’est le rythme auquel tu fonctionnes… Comment est-ce que tu fais pour avoir une telle discipline ? Qu’est ce qui te fait continuer, qu’est ce qui te donne cette foi ?

Et bien… (rires) en général quand j’ai décidé de faire un truc… je suis un peu un fou furieux.

Disons qu’ au début je choississais un peu mes concerts en fonction de ce que j’avais envie de voir ou envie de découvrir… Maintenant je fonctionne toujours comme ça même si il m’arrive souvent de m’appuyer sur  des personnes en qui j’ai confiance, des programmateurs, des salles, des tourneurs, des gens qui me conseillent, etc. J’essaye de faire mes choix en fonction de toutes ces infos.

Si je vends des photos tant mieux, si je n’en vends pas ça m’est complètement égal. En dehors de ça je gagne ma vie honnêtement.

Comment fais-tu pour être présent à tous les concerts ? Il faut montrer patte blanche ? Tu demandes des pass presse ou photo ?

Me concernant, je fais des demandes de pass photo à tous les concerts. Après ça s’obtient de façon plus ou moins facile. Depuis quelques temps j’essaie de faire rentrer dans les mœurs que mon site n’est pas un portfolio de photographe indépendant, mais un site internet comme il en existe tant d’autres. Aujourd’hui, le fait que je viens pour le site photosconcerts.com, (et que je suis accrédité pour ce média) commence à rentrer dans les mentalités.

Ce qui me facilite la tâche, puisqu’au début, il fallait toujours passer par des magazines, des webzines… et souvent ce sont des accréditation de complaisance, notamment dans la presse papier car on sait pertinemment qu’il n’y a que très peu de choses qui paraissent dans la presse…

C’est par le biais de ton site que les agences prennent contact avec toi pour l’achat d’images ?

Attention, il faut bien faire le distinguo : les agences vendent des photos. Les accréditation en théorie, sont délivrées par la maison de disque. Ils t’accréditent parce que tu bosses pour un média. Après la vente d’image c’est encore autre chose : les agences éventuellement te sollicitent mais aussi la presse, le web, etc. Ce sont deux interlocuteurs différents qui n’ont pas forcément grand-chose à voir. Il y a des artistes qui ne souhaitent pas être photographiés par des photographes d’agence. Donc là, à la limite, si tu fais ta demande via une agence, c’est rédhibitoire, on te retire de la liste. Au contraire, il y a des artistes qui ne prennent que des photographes d’agence.

Tu nous a dit que ce n’était pas ton vrai métier. Coupler un travail de jour et un autre de nuit, est-ce que c’est pas trop dur à gérer ? Est-ce que parfois tu n’as pas envie de ne faire que ça ?

Faire que ça, ça serait pour moi compliqué dans le sens où la photo de concert ne paie pas. A l’heure actuelle, je ne sais pas si il y a des gens qui arrivent à vivre en ne faisant que de la photo de concerts. Donc il faut se diversifier, faire peut-être du portrait… mais le portrait, moi, je suis pas très à l’aise. Et après, il est hors de question pour moi de faire du mariage ou des trucs dans ce genre-là… (rires) après chacun sa nature, mais moi je dirais que j’aime bien un minimum de confort matériel, et allier les deux me permet de vivre correctement, de faire de la photo sans me poser de questions, de pas avoir de pression quand je vais faire un concert… si c’est foiré, je m’en tape. Si je vends des photos tant mieux, si je n’en vends pas ça m’est complètement égal. En dehors de ça je gagne ma vie honnêtement.

Après le fait de pouvoir allier les deux, pour l’instant j’y arrive sans trop de difficultés. C’est sûr que c’est un rythme. Après je fais des concessions sur d’autres choses : la télé par exemple, je sais pas vraiment que ça existe… (rires) Disons que j’ai dû faire des concessions dans ma vie… mais je ne me suis encore jamais dit « C’est dur, il faut que j’arrête ».

En gros la journée, je suis au boulot, le soir : je pars en concert, ensuite je rentre, je trie mes photos, ça me prend pas non plus un temps fou, car j’essaye de ne pas faire trop d’images (ce qui est difficile avec le numérique où on a tendance à en faire un peu plus) et d’être relativement sévère sur mon tri. De plus je fais très peu de retouches. Donc sur un nombre X d’images, j’en garde environ une quarantaine, je fais un petit choix sur un peu plus d’une dizaine, j’ai une moulinette qui me met en forme les photos et voilà. Je retouche un peu l’exposition, la balance des blancs quand c’est réellement nécessaire, et c’est tout. Ça ne me prend pas trop de temps.

Après il y a toute la logistique, les demandes d’accréditation, le suivi de tout ce que ça engendre et le côté administratif un peu rébarbatif…

C’est quoi alors ton vrai métier ?

Je suis informaticien. Donc rien à voir avec le milieu artistique… (sourires)

Quels sont les photographes que tu admires particulièrement, qui t’ont influencé dans cette voie ?

Dans cette voie, aucun. Je n’ai pas de culture particulière de la photographie musicale. A l’époque où je faisais de la photo de façon plus artisanale, je travaillais en noir et blanc donc c’était Cartier-Bresson, et les grands maîtres classiques de la photo noir et blanc… Capa pour sa prise de risque, son positionnement.

Je ne fais pas réellement de distinguo entre les artistes. Je prends autant de plaisir à photographier un groupe inconnu que des superstars.

Quels sont selon toi les progrès induits par le passage de l’argentique au numérique ? Toujours en ce qui concerne la photo de concert ?

Plus de souplesse. Quand j’ai commencé, les réflexs commençaient à rivaliser avec l’argentique… maintenant je pense qu’ils sont largement au-dessus. La démarche est différente. Aujourd’hui faire de la photo de concerts en argentique, c’est très louable, mais c’est une autre approche. En ce qui me concerne, je ne pourrais pas tenir ce rythme en argentique.

D’un point de vue technique, on a gagné en termes de sensibilité, les boîtiers sont plus rapides, l’autofocus a évolué, etc… L’électronique a vraiment fait évoluer la chose.

Tu fais aussi des portraits, mais tu nous a dit tout à l’heure que tu n’étais pas à l’aise avec ce genre. Tu peux nous en parler ?

Je suis pas à l’aise du tout en fait. Il faut savoir que pour les photographes méconnus -dont je fais partie-  on t’accorde très peu de temps, tu ne choisis pas forcément ton endroit, ou rarement… Donc on va dire que tu as droit à un quart d’heure (quand ça se passe bien) avec un artiste qui est en journée promo, qui en a ras la casquette, qui n’a pas forcément envie même si c’est un peu le passage obligé… enfin moi qui n’aime pas être pris en photo, je comprends tout à fait.

Tu n’aimes pas être pris en photo ?

Pas du tout. (rires) Donc tu as à faire à quelqu’un que tu ne connais pas… il se trouve que je m’intéresse plutôt à la musique anglo-saxonne et moi en anglais, je suis pas à l’aise du tout… Donc tu baragouines plus que tu ne discutes avec la personne. La plupart du temps ça se passe dans des bureaux de maison de disques où c’est souvent anti-photographique…

Donc je dirais que tu es dans une situation réellement délicate et tu ressors pratiquement toujours frustré, avec l’impression d’avoir loupé quelque chose. Car en face de toi, tu as souvent un artiste que tu apprécies, et au final tu ressors avec des images complètement bateau, et tu rêves éventuellement de photos de magazine où tout est travaillé, où les mecs ont passé une journée en studio avec le photographe… Donc il m’arrive d’en faire, j’aimerais en faire plus, parce que c’est enrichissant et car des fois il y a de super rencontres avec des artistes qui se prêtent au jeu et qui sont sympathiques. Donc tu as envie de reproduire ces moments mais c’est pas facile.

De plus, la contrainte pour moi -qui travaille en journée- c’est que les photos promo sont souvent organisées en journée. Souvent on te dit « RDV à 14h » et à cause des retards, etc. tu commences à 15h30… C’est contraignant. Tu passes un quart d’heure frustré et t’attends pendant des heures… Mais j’admire les gens qui font de très belles photos d’artistes, qui ont ces mêmes contraintes et qui s’en sortent très bien. Après il y a des gens qui sont plus doués pour ça, et moi je n’en fais pas partie. Peut être un jour viendra, quand j’aurais plus de temps, quand je serais retraité et que je ferais que de la photo de concerts, j’en sais rien (rires)

Est-ce qu’il y a un genre photographique qui n’a rien à voir avec la photo de concert ou le portrait, que tu n’as jamais abordé et que tu aimerais essayer ?

(il cherche) Le portrait (sourire).  J’ai eu l’occasion d’en faire en dehors de la photo de concerts… Et c’est un échange qui se passe entre deux personnes et qui peut être assez riche.

…Donc tu voudrais creuser encore plus le portrait ?

Si j’avais le temps… Pour la photo de concert, je n’avais pas de prédisposition particulière, c’est venu comme ça, et je pense que dès le début je m’en suis pas trop mal sorti : J’ai eu très rapidement des retours positifs de la part de magazines ou de gens qui avaient l’occasion de voir ce que je faisais, tout ça est super-motivant et voilà, il faudrait que je rencontre… je sais pas… un modèle qui m’inspire, que des choses se passent, que ça déclenche une envie chez moi… j’en sais rien mais bon pour l’instant j’ai pas plus envie de la provoquer que ça. Si elle vient elle vient, si elle vient pas bah… tant pis (sourire)

Est-ce qu’il y a une actu, des choses importantes qui vont se passer pour toi en cette rentrée ?

Oui et non… pour moi c’est chaud toute l’année (rires). Je ne fais pas réellement de distinguo entre les artistes. Je prends autant de plaisir à photographier un groupe inconnu que des superstars. Bien sûr en termes de photo, les superstars parlent à plus de monde, ça je le vois instantanément sur mon site. Mais même… souvent on prend parfois plus de plaisir sur des artistes peu connus que sur des artistes super connus.

Hier j’ai fait les Guns’ n’ Roses à Bercy, j’étais à la console, à une soixantaine de mètres de l’artiste, pratiquement au niveau du public, donc avec les bras levés en permanence…

Tu n’as pas pu aller dans la fosse pour les Guns ?

Non, ils ne voulaient pas. Comme plein d’artistes qui ne souhaitent pas être pris de près… Comme il (AXL) a un peu grossi… (sourire)

Mais bon les Gun’s… on me dit « ouais c’est super chouette » mais à la limite j’ai préféré prendre d’autres artistes qu’eux. Hier, j’y étais pour 20h, eux ils sont arrivés sur scène à 22h30, donc t’attends pour être dans des conditions comme ça et pour faire des photos relativement merdiques… bon… j’ai fait Guns’n’roses mais j’en retire pas plus de plaisir qu’autre chose… donc pour moi y’a pas une actu particulière. C’est sûr qu’il y a des groupes que je ne veux pas louper. Mais si on me refuse une accréditation sur un groupe que je veux réellement faire, je me dis « tant pis j’aurais peut-être l’occasion de le refaire », et je ferais ce soir-là autre chose… qui me donnera peut être pas le même plaisir musical, mais visuellement ça peut être sympa.

Enfin, j’en suis arrivé à un stade où j’ai fait quand même beaucoup de photos, beaucoup de groupes… et j’en suis pas à un groupe près maintenant… (Rires)

Je vais pas m’embrouiller avec les gens ou me prostituer pour faire tel ou tel truc. Il m’est arrivé d’acheter une place de concert parce que je voulais être sûr d’y aller.

Et dans ce cas-là, la sécurité te laisse rentrer avec ton reflex ?

Non, je demande quand même une accréditation photo, et si on me la refuse, j’irais comme une personne lambda qui va à un concert.

Tu songes à sortir un livre ?

On m’a déjà posé la question… Non, parce que je n’aime pas trop ce côté « se mettre en avant », c’est pas ma démarche. J’ai fait récemment une expo, mais un peu… pas à contre-cœur… enfin la personne a insisté… Donc j’ai dit ‘ok on la fait’. J’en refais bientôt une pour la Mairie de Paris, dans une Bibliothèque… mais j’aime pas particulièrement. Je trouve que ça fait prétentieux. je suis pas à l’aise avec ça. Alors un bouquin, limite c’est une « consécration de ton œuvre », on va dire, et j’en suis pas encore là… pour moi je débute encore. Je suis pas scotché quand je regarde ce que je fais et j’ai pas assez de recul. Dans 20 ans, un bouquin « Nostalgie des années 2000″… pourquoi pas, mais pour l’instant je trouve que c’est trop jeune et ce serait trop prétentieux de le faire.

Même avec des gens qui t’interviewent et des magazines qui te demandent tes images pour les imprimer ? Ça ne te conforte pas dans ce que tu fais ?

Au début ça me faisait plaisir de voir mon nom dans un magazine… Maintenant j’ai des pseudos. Limite ce qui me motive plus, c’est le retour du public. Beaucoup de gens m’envoient de mails sympathiques. Ça me motive plus que de savoir que j’ai été publié dans tel ou tel magazine. C’est pas forcément une reconnaissance de ce que tu fais. Ils prennent une image parce qu’ils en ont besoin…

Mais aussi parce qu’elle est bonne…

Ouais, enfin des fois ils publient des trucs assez merdiques parce qu’ils ont que ça à publier… c’est des choix, je les respecte. Moi ça me fait un peu de sous mais je préfère recevoir des mails sympathiques. Ça donne chaud au cœur et ça donne envie de continuer.

Merci à toi, Robert.

Retrouvez les photographies de Robert Gil sur son site photosconcerts.com